Ni hégémonie états-unienne, ni blocs de « puissances moyennes »

Les stratégies impérialistes n’offrent aucune issue à la classe ouvrière

Le discours du premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial de Davos a été remarqué pour son allusion à une « rupture » avec « l’ancien ordre » de l’hégémonie états-unienne. Cela a été perçu comme une bouffée d’air frais pour certains Canadiens qui s’inquiètent à juste titre de l’escalade des menaces pesant sur notre souveraineté et de la descente des États-Unis vers la guerre et la réaction. Cependant, la nouvelle vision articulée par Carney ne marque pas un changement fondamental vers des politiques qui amélioreront la vie des travailleurs, ni ne signale une politique étrangère canadienne de paix et de respect de la souveraineté de tous les pays.

Le discours de Carney confirme l’aggravation des contradictions au sein du système capitaliste mondial et le déclin de l’hégémonie impérialiste états-unienne. Il identifie une « rupture » dans l’ordre post-1945, notant à juste titre que l’impérialisme états-unien s’éloigne de la prédation par la domination des institutions internationales au profit de la coercition unilatérale, même à l’encontre de ses propres alliés. Cependant, il ne faut pas oublier à qui il s’adressait : les principaux banquiers et représentants du capital financier mondial. Son message stratégique leur est favorable.

Son appel aux « puissances moyennes » à agir ensemble, résumé par la phrase « si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu », est une réponse directe au déclin des États-Unis. Pourtant, ce projet, qui vise principalement à aligner le capital monopoliste canadien sur les puissances européennes, laisse la majorité des pays du monde, surexploités et sous-développés à cause de l’impérialisme, continuer d’être « au menu ». Les mesures qu’il cite, telles que l’approfondissement des partenariats avec l’UE et l’adhésion au marché européen de la défense, sont des manipulations intra-impérialistes, et non un tournant vers l’anti-impérialisme. La seule stratégie immédiate pour la paix ne réside pas dans la création de nouveaux blocs d’États capitalistes, mais dans la défense de la Charte des Nations unies et du droit international afin de lutter pour parvenir à une véritable égalité souveraine entre les États.

Carney prétend que le Canada s’est simplement tu dans le passé sur l’hypocrisie et les violations du droit international par les États-Unis pour bénéficier de la stabilité et de la croissance globales assurées par leur hégémonie. C’est faux. Le Canada ne s’est pas tu. Le gouvernement canadien a été, et est toujours, un participant actif et un bénéficiaire du pillage impérialiste des États-Unis et de l’OTAN. La participation du Canada à des guerres et à des projets de changement de régime, par exemple en Libye et au Venezuela, ainsi qu’en Ukraine et ailleurs, constitue en soi une violation du droit international et du respect de la souveraineté. La décision d’envisager de rejoindre le « Conseil de paix » de Trump pour démembrer Gaza et tenter de se substituer à l’ONU, ainsi que son soutien à l’enlèvement du président vénézuélien par les États-Unis, révèlent l’hypocrisie de son « réalisme fondé sur des valeurs ». La souveraineté ne doit être respectée seulement au sein du bloc impérialiste.

Dans l’ensemble, Carney a déclaré au gotha financier que le Canada se positionnerait comme une puissance impérialiste occidentale modérée — pragmatique, diversifiée et ouverte aux affaires —, contrairement à l’impérialisme états-unien, plus brutalement agressif. La nature de classe de cette stratégie, qui n’est pas si nouvelle, est évidente dans son programme pour le Canada : il se vante de réduire les impôts sur les plus-values et les entreprises, de démanteler les réglementations internes qui protègent les travailleurs et le public, de subventionner les combustibles fossiles et l’intelligence artificielle et de tripler – au bas mot – le budget militaire financé par la campagne d’austérité la plus ambitieuse depuis les années 1990. Son affirmation selon laquelle « le monde aspire » aux valeurs canadiennes est difficile à accepter pour les travailleurs confrontés à cette austérité, pour les peuples autochtones qui voient leurs droits reculer, et pour ceux qui souffrent d’une pauvreté extrême, d’un chômage de masse, d’une crise du logement et de l’accessibilité financière, et de l’effondrement des services publics dont la santé et l’éducation.

Tant que le Canada ne sera pas prêt à rompre avec l’OTAN, il n’y aura pas de « rupture » fondamentale avec les États-Unis. La continuité est également visible dans la mainmise croissante des États-Unis sur les ressources naturelles du Canada et dans l’enthousiasme à doubler la mise sur l’ACEUM. On ne sait pas non plus dans quelle mesure le discours de Carney et les nouveaux accords commerciaux internationaux font partie d’une posture en vue de la renégociation de l’ACEUM. Ce qui est très clair, c’est que le gouvernement canadien parle de s’adapter à un ordre impérialiste en mutation, et non de laisser l’impérialisme derrière lui.

Le discours s’est ouvert et clos par des références aux théories idéalistes anticommunistes du pouvoir et a rejeté le slogan « prolétaires de tous les pays, unissez-vous » réduit à une propagande ridicule. Pourtant, c’est le pouvoir organisé de la classe ouvrière et de ses alliés qui peut construire une véritable solution à l’impérialisme et instaurer un ordre international capable de garantir un avenir de souveraineté authentique, d’égalité et de paix durable pour tous.

Comité exécutif central, Parti communiste du Canada