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Le gouvernement libéral met les bouchées doubles pour transférer les fonds publics vers les profiteurs du secteur privé

La mise à jour économique du printemps du Parti libéral du Canada révèle la nature réelle de ce gouvernement. Après s’être assuré une majorité parlementaire avec uniquement 27 % des voix des électeurs admissibles, Carney s’est senti enhardi au point de publier une version mise à jour du budget qui frappera durement les masses laborieuses tout en satisfaisant les investisseurs.

Avec 100 000 travailleurs ayant perdu leur emploi en janvier et février seulement, et avec un taux de chômage officiel de 6,7 % – et de près de 14 % chez les jeunes –, les masses laborieuses s’attendaient à l’inclusion de mesures pour créer des emplois dans cette mise à jour économique. Le gouvernement aurait pu annoncer un plan d’urgence en matière de logement visant à construire et à fournir des logements publics accessibles et abordables, ce qui créerait des dizaines de milliers d’emplois bien rémunérés en plus d’attaquer de front la crise du logement qui ne cesse de s’aggraver.

Ottawa aurait également pu lier la création d’emplois à la lutte pour la justice climatique. La nationalisation de l’industrie sidérurgique, qui supprime actuellement des emplois, et la construction d’un vaste réseau ferroviaire à grande vitesse détenu et exploité publiquement permettraient de générer de l’emploi à long terme dans les secteurs manufacturier, de la maintenance et des services, en plus de mener des actions concrètes pour la protection de l’environnement.

Pour le 1,5 million de travailleurs officiellement sans emploi au Canada, le gouvernement aurait pu annoncer des améliorations radicales à l’assurance-emploi, afin qu’elle couvre tous les travailleurs, soit non contributive et offre des prestations correspondant à 90 % des revenus antérieurs pendant toute la durée du chômage.

Néanmoins, au lieu de ces mesures qui aideraient les masses laborieuses, la mise à jour économique n’est qu’une énième série de coupes massives destinée à financer un budget de guerre ainsi que le soutien du Canada à la nouvelle course aux armements de l’OTAN.

Le secteur de la santé est particulièrement ciblé par cette mise à jour économique, qui ouvre la voie à la privatisation. Il appert que le programme fédéral de régime d’assurance-médicaments introduit en 2024 par les libéraux de Trudeau et soutenu par le NPD sera aboli d’ici 2029. Les professionnels de la santé ont tiré la sonnette d’alarme quant à la réduction de la hausse annuelle du Transfert canadien en santé de 5 % à 3 %, ce qui, selon les experts, sera insuffisant pour ne serait-ce que maintenir les conditions déjà détériorées du système de soins de santé canadien. À cela s’ajoutent des coupes de 1,2 milliard de dollars de transferts annuels aux provinces destinés aux soins en santé mentale, aux services de traitement de la toxicomanie et aux soins de longue durée. Alors que la crise du système de soins de santé au pays continue de s’aggraver, les effets de ce désinvestissement mettront des vies en jeu à travers l’ensemble du pays, mais particulièrement dans les régions rurales où les fermetures d’urgences deviennent pratique courante.

Les promesses antérieures du gouvernement libéral visant à élargir l’accès à des services de garde subventionnés se voient elles aussi trahies puisque, en tenant compte de l’inflation des coûts du secteur, les budgets effectifs seront réduits. La pression que vivent les parents travailleurs ne sera pas allégée par ce gouvernement. Un système de garde d’enfants universel créerait des occasions pour les enfants de débuter plus tôt une éducation adaptée à leur âge tout en permettant aux mères de retourner au travail.

Un autre sujet de discussion est l’annonce du Fonds pour un Canada fort (FCF). Carney a présenté le FCF comme un fonds souverain, en invoquant le fonds de pension public norvégien, qui délaisse les services publics pour favoriser les investissements étrangers dans le complexe militaro-industriel. Cependant, contrairement au fonds norvégien qui est nourri par les profits des exportations énergétiques, Carney met de l’avant un fonds financé par 25 milliards de dollars de fonds publics. Cet argent servira à « réduire les risques » des investissements privés, en les transférant aux contribuables canadiens. Le peuple paie, les entreprises profitent.

Autre différence avec le fonds norvégien : le FCF est conçu pour soutenir les projets domestiques considérés comme d’intérêt national. Parallèlement, le gouvernement met l’accent sur le rendement pour les investisseurs. Le nœud du problème réside dans le fait que l’intérêt public coïncide rarement – voire jamais – avec les intérêts des monopoles d’entreprise. Cela vient remettre en question la finalité réelle du FCF.

Pour assurer la croissance de ce fonds, Carney prévoit de recourir à l’« optimisation des actifs » ou au « recyclage d’actifs », des termes utilisés par les libéraux pour désigner un plan de vente d’infrastructures publiques au secteur privé. Ces infrastructures publiques seront ainsi transformées en entreprises lucratives, aux dépens de la collectivité. Si l’histoire peut servir de guide, on peut parier que ces biens publics seront vendus en dessous du prix du marché, subventionnant ainsi le secteur privé au moment même où le coût de la vie continue son inexorable ascension pour la majorité de la population du Canada. Ce n’est rien de plus qu’un transfert à grande échelle de la richesse publique dans les poches des monopoles d’entreprise.

Ce dont nous avons besoin au Canada, c’est de mettre fin à la privatisation des services publics et de l’inverser, de réorienter notre budget de guerre galopant vers les soins de santé, l’éducation et les infrastructures publiques qui répondent aux besoins de toute la population tout en créant des emplois syndiqués et bien rémunérés. Nous devons nationaliser le secteur de l’énergie et amorcer la transition vers les énergies renouvelables, tant pour le bien de la planète que pour celui de l’économie.

Les travailleurs et travailleuses du Canada n’ont pas besoin d’un gouvernement qui invoque cyniquement le discours de l’indépendance et de la « protection de la souveraineté » pour masquer des politiques qui transfèrent d’énormes richesses de la classe ouvrière vers de gigantesques sociétés privées. Ils ont plutôt besoin d’un gouvernement qui défende la souveraineté populaire en mettant fin aux relations commerciales, politiques et militaires actuelles du Canada, dans lesquelles Washington domine et Ottawa obéit.

Cela signifie prendre la parole contre les attaques américaines envers la souveraineté d’autres pays et nations, notamment la Palestine, l’Iran, le Mexique, le Panama, le Groenland, le Venezuela et Cuba. Cela signifie prendre la parole en faveur de la souveraineté et de l’égalité des nations au sein du Canada – les nations autochtones, le Québec et l’Acadie – et forger l’unité sur la base de l’égalité au sein d’un partenariat volontaire. La souveraineté populaire signifie se retirer de l’ACEUM, de l’OTAN et du NORAD, et mettre en place des politiques commerciales, industrielles et étrangères indépendantes fondées sur le plein emploi, la justice climatique, la paix et le désarmement. Cela inclut la mise à jour des réglementations commerciales provinciales pour renforcer la santé et la sécurité des travailleurs, ainsi que la sécurité des aliments et des autres marchandises transportées vers et à travers le Canada, plutôt que de promouvoir un régime de « libre-échange » à l’intérieur du pays qui ne profitera qu’aux grandes entreprises.

L’indépendance et la « protection de la souveraineté » impliquent de rejeter la domination des entreprises, qu’elle provienne d’une puissance étrangère ou de l’intérieur même du Canada, et de bâtir des institutions démocratiques indépendantes capables de contrer la poussée vers la guerre et la réaction, et de faire passer les besoins des gens et de la planète avant le pouvoir et le profit des entreprises.

Comité exécutif central, PCC