Le registre canadien sur l’influence étrangère constitue une dangereuse escalade du néo-maccarthysme

Le 4 août, la Loi sur la transparence et la responsabilisation en matière d’influence étrangère (LTRIE) du gouvernement fédéral est entrée en vigueur, instaurant un registre public pour toute personne concluant un « accord » avec un « commettant étranger » dans le but d’influencer les processus politiques ou gouvernementaux canadiens. Le Parti communiste du Canada condamne ce registre, qu’il considère comme une attaque dangereuse contre les libertés civiles et s’inscrit dans la dérive du Canada vers la guerre et la réaction. Il s’agit là de la version canadienne du néo-maccarthysme, ce même phénomène qui se manifeste de manière encore plus agressive aux États-Unis.

La nouvelle loi canadienne a une portée très large : un « entente » n’a pas besoin d’être formelle, écrite ou rémunérée. Il peut s’agir d’une simple « attente » ou d’un « simple encouragement ». L’enregistrement est obligatoire dans les 14 jours, sous peine d’amendes pouvant atteindre 1 million de dollars en cas de non-conformité.

Les prétextes politiques qui ont mené à la création de ce registre se sont avérés être des mensonges. L’Enquête sur l’ingérence étrangère, lancée à la suite d’une campagne de propagande du SCRS, a passé des années à attiser la peur de l’ingérence étrangère. Pourtant, lorsque la commissaire Marie-Josée Hogue a publié son rapport final en janvier 2025, elle a conclu qu’il n’y avait « aucune preuve de la présence de “traîtres” au Parlement » complotant avec des États étrangers contre les intérêts du Canada. Elle a constaté que l’ingérence étrangère « n’avait pas eu d’incidence sur les résultats des deux dernières élections générales ».

Pourtant, malgré cette absence totale de preuves, le gouvernement a poursuivi la mise en place d’un registre qui servira à réprimer la dissidence politique.

Le registre est rédigé en des termes si généraux qu’il vise non seulement les agents étrangers, mais aussi toute personne travaillant « en association » avec un commettant étranger. Cette formulation est si vague qu’elle pourrait s’appliquer à des universitaires, des journalistes, des militants et des citoyens ordinaires. Le commissaire à la transparence de l’influence étrangère du gouvernement lui-même, Anton Boegman, a admis que le registre « n’empêchera pas l’ingérence étrangère » et n’est « pas nécessairement conçu pour repérer l’influence étrangère cachée ».

Si l’objectif n’est pas de mettre fin à l’ingérence, alors quel est-il? La réponse est claire : il s’agit d’un outil visant à faire taire les voix en faveur de la paix et de la solidarité, alors que la machine de guerre des États-Unis et de l’OTAN augmente ses dépenses militaires et se lance dans des aventures militaires de plus en plus agressives partout dans le monde. Tout comme l’ère McCarthy visait les communistes et les progressistes, ce registre servira à cibler ceux qui luttent pour la paix. Les communautés d’immigrants provenant de pays « ennemis » feront l’objet d’une méfiance raciste, comme nous l’avons déjà constaté avec la montée récente de la sinophobie et tout au long de l’histoire du Canada, qui comprend notamment la détention forcée de communautés d’immigrants en temps de guerre.

Si le Canada était véritablement préoccupé par l’ingérence étrangère, il commencerait par les États-Unis. Washington appuie actuellement une campagne séparatiste en Alberta. Le département d’État américain a confirmé avoir rencontré des membres de l’Alberta Prosperity Project, un groupe cherchant à obtenir une ligne de crédit de 500 milliards de dollars américains du Trésor américain pour financer une Alberta indépendante. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, s’est exprimé favorablement au sujet du séparatisme albertain, déclarant aux médias : « Ils disposent d’importantes ressources… Les gens en parlent. Les gens veulent la souveraineté. »

Après les États-Unis, Ottawa devrait se tourner vers Israël. Depuis des décennies, Israël exerce une influence considérable sur la politique canadienne. En 2023, plus de 73 députés en fonction et plus de 800 députés et sénateurs depuis 1973 ont effectué des voyages gratuits en Israël, offerts par le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA). Le CIJA a mené 107 séances de lobbying distinctes entre octobre 2023 et avril 2024, alors même qu’Israël intensifiait le génocide des Palestiniens à Gaza. Pourtant, le SCRS n’a jamais enquêté là-dessus en tant qu’« ingérence étrangère ».

L’OTAN n’est pas moins coupable d’ingérence étrangère au Canada. L’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP) façonne activement la politique canadienne en matière de dépenses militaires, d’approvisionnement et d’affaires étrangères, tout en contournant délibérément la volonté démocratique.

Par exemple, lorsque 52 % des Canadiens se sont opposés aux projets américains de défense antimissile au début des années 2000, Ottawa les a rejetés. Puis, en 2005, l’OTAN a simplement rebaptisé le programme « défense antimissile de théâtre » (Theatre Missile Defence), et le Canada s’y est discrètement rallié; une revue du ministère de la Défense nationale a par la suite salué cette décision comme un moyen de contourner l’opposition publique. L’OTAN a également poussé le Canada à acheter l’avion de chasse F-35, un vecteur d’armes nucléaires, et a fait pression sur Ottawa pour qu’il mette ses ressources pétrolières au service des besoins militaires américains, ce qui a conduit à la criminalisation des manifestations autochtones et environnementalistes.

Aujourd’hui, cette ingérence étrangère s’accélère dangereusement : le Canada s’est désormais engagé à porter ses dépenses militaires à 5 % du PIB, ce qui représente la somme stupéfiante de 150 milliards de dollars par année. Cette augmentation massive ne fera pas seulement s’enliser le Canada toujours plus profondément dans les guerres menées par les États-Unis et l’OTAN, mais elle déclenchera également une vague massive d’austérité, vidant de leur substance les programmes sociaux pour financer le militarisme. Contrairement à la menace chinoise inventée de toutes pièces, l’ingérence de l’OTAN est bien documentée.

Au-delà de l’OTAN, l’adhésion du Canada à l’alliance de renseignement des « Five Eyes » constitue en soi un vecteur d’influence étrangère qui sape la souveraineté canadienne. Les « Five Eyes », un réseau de partage de renseignements regroupant les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, est depuis longtemps dominé par Washington, faisant du Canada un partenaire subalterne dans un arrangement où les intérêts américains priment.

Le Parti communiste du Canada appelle tous les mouvements syndicaux et démocratiques à s’opposer à ce registre sur l’influence étrangère et aux autres outils du néo-maccarthysme. Nous exigeons :

  • L’abrogation immédiate de la Loi sur la transparence et la responsabilisation en matière d’influence étrangère;
  • La fin du ciblage des communautés immigrantes et des progressistes sous prétexte de « sécurité nationale »;
  • Une véritable enquête sur l’ingérence des États-Unis, de l’OTAN et d’Israël dans les affaires canadiennes;
  • Une politique étrangère fondée sur la paix, le désarmement et une véritable souveraineté.

Comité exécutif central, Parti communiste du Canada