|

Canada hors de l’OTAN maintenant! 

Alors que le sommet de l’OTAN se conclut à Ankara en Turquie, le Parti communiste du Canada réitère sa condamnation de cette alliance offensive belliciste qui, plus que jamais, remplit son rôle d’armée globale des États-Unis. Aujourd’hui plus que jamais, l’OTAN nous pousse vers les abysses d’une guerre mondiale qui pourrait être nucléaire. Les points de tension se multiplient. De l’Ukraine prise en tenailles entre l’offensive impérialiste occidentale et la Russie des monopoles qui cherche à défendre ses intérêts à la mer de Chine où croisent régulièrement des frégates de guerre (dont des navires canadiens) en passant par la Palestine victime d’un génocide israélien appuyé tacitement par l’OTAN ou encore par l’Arctique qui tend à devenir une zone de guerre, le pacte atlantique, fidèle à son histoire, agit en dernier rempart pour défendre et exporter par la canonnière l’impérialisme occidental.  

Ainsi, nous réitérons également notre appel historique au retrait immédiat et unilatéral de l’OTAN et de toute autre alliance impérialiste, dont le NORAD. 

Halte à la répression

Nous ne pouvons passer sous silence la répression sauvage déployée à grande échelle à travers le pays afin de museler toute manifestation contre la tenue de ce sommet rassemblant les plus grands criminels de guerre de la planète et ce, alors qu’un génocide appuyé par l’OTAN est en cours en Palestine. Au passage, nous saluons la ténacité et le courage de nos camarades du Parti communiste turc (TKP) qui, bravant les interdictions, ont organisé un contre-sommet et plusieurs manifestations. Cette audace leur a valu d’essuyer la répression avec, entre autres, une centaine d’entre eux blessés et arrêtés. Nous leur offrons notre entière solidarité et appelons à leur libération immédiate. 

Si les laquais locaux de l’impérialisme occidental ont fait preuve d’un tel zèle contre toute action dirigée contre l’OTAN, ce n’est pas seulement le fruit de l’autoritarisme du régime Erdogan. En effet, les forces de police locales ont été jusqu’à exhorter les familles des potentiels jeunes manifestants de les empêcher de battre le pavé, soulignant qu’il est tolérable de manifester pour d’autres enjeux, mais pas contre l’OTAN. C’est là la preuve que la lutte pour la paix, la solidarité internationale et contre l’impérialisme est particulièrement subversive pour la classe dirigeante, car elle révèle dans les faits l’aphorisme qui a valu la mort à Jaurès : « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». 

Pourquoi un sommet en Turquie? 

Membre de l’OTAN depuis 1952, la Turquie en accueille le sommet pour la deuxième fois. Cette année, le contexte géopolitique mondial en mutation semble avoir pesé dans la balance au moment du choix de la ville-hôte de cette grand-messe du militarisme et de l’impérialisme. 

D’emblée, Trump lui-même souligne que sa participation au sommet en est conditionnelle. C’est qu’il peut ainsi s’en prendre aux Européens sans trop écorcher l’Alliance ni son image. Il faut également comprendre que la Turquie d’Erdogan, de périphérie de l’OTAN, est devenue un véritable fer de lance de l’impérialisme occidental dans la méditerranée orientale, en Asie centrale, au Moyen-Orient, voire au Sahel au cours des dernières années. En effet, l’exportation de plus en plus agressive de capitaux turcs en Asie centrale déloge la position qu’occupait la Russie dans cette région. Au Moyen-Orient et particulièrement en Syrie, elle joue un rôle incontournable doublant l’Iran et autres acteurs régionaux classiques. 

Au demeurant, à l’échelle mondiale, la Turquie représente le 11e exportateur d’armes et lève la 2e armée la plus importante de l’ensemble de l’OTAN après les États-Unis. 

Tel est le néo-ottomanisme d’Erdogan : se faire reconnaitre comme véritable puissance tutélaire de l’OTAN et de l’impérialisme occidental de sorte que celui-ci lui octroie une zone d’influence. Que le Canada négocie présentement un accord de libre-échange avec la Porte dorée participe de cette dynamique. 

Les milliards pleuvent pour la guerre 

En marge du sommet, les annonces de milliards gaspillés pour la guerre et l’armement se succèdent. La Banque de l’OTAN, si chère à Mark Carney, vise une capitalisation initiale de 160 milliards de dollars. Tout au long du sommet, l’ensemble des pays rivalisent d’ingénuité pour se montrer bons élèves et prouver qu’ils sont en phase d’atteindre la cible de cinq pourcent du PIB englouti dans les dépenses militaires, un objectif que Mark Carney promet d’atteindre d’ici 2034. Prouvant de sa bonne foi, quelques instants avant de s’embarquer pour Ankara, il annonce la signature prochaine d’un contrat de sous-marins avec le groupe allemand TKM d’une valeur de 100 milliards de dollars. 

Considérée comme « menace stratégique », la Russie fédère l’ensemble des États membres qui s’engagent à débloquer 70 milliards de dollars pour poursuivre la guerre par Ukraine interposée, preuve à nouveau que l’OTAN n’a d’autre nature qu’offensive. 

Ces annonces s’inscrivent dans un contexte de course effrénée à l’armement qui s’intensifie d’année en année, preuve de plus que la classe dirigeante nous prépare réellement à la guerre et fait claquer les bottes militaires. Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires mondiales se calculent à 2 887 milliards de dollars en 2025, une augmentation soutenue depuis onze ans. De cette somme, 52% résulte des pays membres de l’OTAN lesquels ne représentent que 12% de la population mondiale. 

Nous dénonçons cette économie de guerre mortifère et alertons contre la poudre aux yeux versée par la classe dirigeante qui y voit une opportunité de stimuler l’économie et de créer des emplois. Cette dangereuse marotte masque mal une réalité qui ne peut être ignorée. D’une part, comment financer le gaspillage militaire censé tripler au Canada au cours des dix prochaines années? Selon un article paru en octobre dernier dans le Globe and Mail, une estimation conservatrice suppute qu’une telle manœuvre génèrera un déficit budgétaire d’au moins 63 milliards de dollars. Il ne fait aucun doute qu’en conséquence, les services publics et sociaux devront passer au rasoir. D’autre part, et en lien avec ce dernier point, redéployer la stratégie économique d’un pays vers l’industrie militaire est lourd de conséquences pour l’ensemble de l’économie dont une inflation incontrôlée et la faillite des industries civiles.

C’est pourquoi nous appelons le mouvement syndical à se saisir de cette bataille et à revendiquer que les chaines de montage des usines d’armement au Canada soient reconverties afin de satisfaire nos besoins réels (machines-outils, trains, autobus, etc.) et à refuser que nos services publics soient bradés au profit d’engins de guerre dont le seul objectif est de défendre, à coup de bombes, les intérêts des monopoles occidentaux, ceux-là mêmes qui nous exploitent. Au demeurant, par million de dollars investis, l’industrie militaire est celle qui génère le moins d’emplois, sans compter que les emplois induits sont faméliques. 

L’OTAN ne nous protège pas de l’OTAN 

Communistes, nous comprenons la nécessité d’une défense canadienne souveraine et indépendante. Cependant, cette intégration à l’OTAN nous prive justement de souveraineté sur le plan militaire. D’ailleurs, Mark Carney le reconnait lui-même tacitement lorsqu’il concède que Trump a « gagné le débat » sur les dépenses militaires. Au demeurant, les statuts de l’Alliance sont clairs : son commandement militaire doit être assumé par un gradé états-unien, ce qui signifie essentiellement que les armées nationales sont dirigées par le Pentagone, sans compter que l’article 5 de la Charte de l’OTAN prescrit qu’une attaque contre l’un des membres entraine impérativement l’implication de tous les membres dans un conflit. 

Autrement dit, prétendre que l’OTAN renforce notre souveraineté, particulièrement devant les États-Unis revient à prétendre que l’OTAN nous protège d’elle-même… 

Extraire le Canada du camp de l’impérialisme et de la guerre 

La sortie du Canada de l’OTAN à elle seule ne répond pas à tous les enjeux afférents aux questions de paix et de solidarité internationale, loin s’en faut. Notamment, en soi, se retirer de l’OTAN ne règlera pas la complicité tacite du Canada envers le génocide en cours en Palestine ni son alignement presque parfait avec la politique étrangère de Washington. 

Cependant, les forces réunies qui permettront de forcer la main à notre classe dirigeante, à nos monopolistes qui cherchent à s’abriter derrière le parapluie nucléaire états-unien comme garantie de leurs profits permettra de bâtir un rapport de forces qui lui, aboutira à ce que nous extrayons le Canada du camp de l’impérialisme et de la guerre. 

Comité exécutif central, Parti communiste du Canada