La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada exige un renforcement de la propriété publique et le retrait du Canada de l’ACEUM et de l’OTAN

La guerre commerciale avec les États-Unis a déjà des conséquences dévastatrices pour les travailleuses et travailleurs de tout le Canada. Bien qu’il ait pris la bonne décision en se retirant d’un accord défavorable lors des négociations tarifaires, le gouvernement Carney a réagi en faisant payer aux travailleuses et travailleurs le prix de cette guerre commerciale qui ne cesse de s’intensifier ainsi qu’en se montrant disposé à faire des concessions importantes qui leur porteront préjudice. Ces concessions comprendraient, selon certaines informations, des ajustements à la formule d’attribution des quotas laitiers du Canada, ce qui menace la gestion de l’offre; la fin des politiques provinciales d’approvisionnement qui accordent la préférence aux entreprises canadiennes, ce qui signifie que davantage de fonds publics iront aux sociétés états-uniennes; ainsi que l’abandon des droits de douane de rétorsion sur l’acier, l’aluminium et les automobiles des États-Unis, tout en maintenant en vigueur un certain niveau de droits de douane états-uniens. De plus, Carney continue d’appuyer le renouvellement de l’Accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (ACEUM), qui continuera de priver le Canada de sa base manufacturière et de centaines de milliers d’emplois permanents bien rémunérés, tout en sapant profondément la souveraineté et l’indépendance du Canada.

Le Parti communiste du Canada rejette cette approche. Nous réclamons une réponse à la guerre commerciale qui donne la priorité aux travailleurs et qui renforce une véritable souveraineté populaire, et non la posture creuse du « Capitaine Canada » d’un gouvernement au service des intérêts des grandes entreprises.

Aussi imprévisible, narcissique et chauvin que puisse être Trump, le changement dans les relations entre les États-Unis et le Canada n’est pas dicté par sa personnalité. Le passage du « libre-échange » libéral aux droits de douane protectionnistes est motivé par le déclin de l’hégémonie impérialiste états-unienne et la crise économique capitaliste mondiale qui y est liée. Le « libre-échange » n’a jamais été un principe moral capitaliste; il s’agit d’un outil utilisé par la classe capitaliste lorsqu’il sert ses intérêts mondiaux. Aujourd’hui, les appels des États-Unis en faveur d’un « commerce équitable » et de « droits de douane réciproques » ne sont que des euphémismes pour pouvoir utiliser la taille du marché états-unien comme levier politique visant à obtenir des concessions unilatérales. Que veut le gouvernement des États-Unis ? Il veut éliminer la gestion de l’offre et détruire les moyens de subsistance des agriculteurs canadiens. Il veut éliminer les protections culturelles, notamment celles visant le contenu en langue française, et supprimer les taxes et les réglementations – déjà insuffisantes – auxquelles sont soumis les monopoles technologiques états-uniens. Il veut abolir les politiques d’approvisionnement qui créent des emplois locaux décents et forcer le Canada à accélérer la privatisation des soins de santé publics. Il cherche à éliminer les emplois canadiens dans les secteurs forestier, automobile et sidérurgique. Et il exige que le Canada reste en parfaite synchronisation avec Washington alors que ce dernier intensifie sa guerre économique contre la Chine. Les États-Unis cherchent également à approfondir l’intégration des forces armées canadiennes aux leurs, tout en exigeant un accès garanti aux minéraux critiques et aux réserves pétrolières du Canada pour alimenter la machine de guerre États-Unis–OTAN.

Placer ses espoirs dans un nouvel ACEUM comme moyen de sortir de la crise, c’est courir à la catastrophe. Si l’économie canadienne est aussi vulnérable à la coercition sous forme de droits de douane, c’est à cause de décennies de politiques de libre-échange. L’Accord ACEUM, tout comme l’ALENA avant lui, n’a jamais eu pour objectif le commerce équitable. Il s’agissait et il s’agit toujours d’une constitution des grandes entreprises conçue pour renforcer le pouvoir des monopoles, monter les travailleurs les uns contre les autres par-delà les frontières et démanteler systématiquement la souveraineté canadienne. Le libre-échange au service des grandes entreprises est une course vers le bas qui a déjà entraîné la désindustrialisation d’une grande partie du secteur manufacturier canadien. L’ACEUM, en particulier, s’est déjà révélé néfaste pour les travailleurs. Depuis sa signature en 2018, le chômage a grimpé et le taux d’emploi a chuté. Au cours des huit dernières années, les profits des entreprises canadiennes ont atteint des sommets records, dépassant les augmentations des salaires réels de près de 600 pour cent. Même avant les droits de douane imposés par Trump, les données montraient que cet accord profitait aux entreprises tout en laissant les travailleurs pour compte.

Le Parti communiste continue de réclamer le retrait immédiat de l’ACEUM. Nous appelons les mouvements syndicaux et démocratiques, le NPD et les Verts, à s’unir dans une opposition massive au renouvellement de l’ACEUM, comme ils l’ont fait à l’approche des élections fédérales de 1988. Lors de ces élections, même les libéraux s’opposaient au libre-échange, le chef libéral John Turner qualifiant le chef conservateur Brian Mulroney de « vendu » pour être passé de l’opposition au libre-échange à son appui. Les négociations sur les droits de douane ont révélé ce que les États-Unis exigeront lors des prochaines négociations de libre-échange. Ce programme peut être contré par l’action unie des mouvements syndicaux et populaires exigeant le retrait immédiat de l’ACEUM.

L’un des principaux points de désaccord entre le Canada et les États-Unis semble être que Washington souhaite dicter avec qui le Canada peut faire du commerce, mettant ainsi fin de fait à la souveraineté canadienne en matière de politique étrangère. Le gouvernement libéral a cédé sur une grande partie de ce point dans l’ACEUM qu’il a signé sous la première administration Trump. La clause relative aux « économies non marchandes » constituait une concession au néo-maccarthysme de Trump, liant le Canada à l’agression américaine contre la Chine et contre quiconque Washington qualifie d’« économie non marchande ». Le gouvernement Carney a également laissé entendre qu’il acceptait sans réserve les restrictions au commerce avec les « économies non marchandes ». Il s’agit là d’une érosion massive de la souveraineté, qui doit être inversée.

Il convient de se demander qui paiera le prix de cette guerre commerciale. Le Parlement canadien — dominé presque entièrement par des représentants politiques des sociétés monopolistiques et dirigé par un banquier central, l’un des grands stratèges du capitalisme — veillera à ce que ce soit la classe ouvrière qui paie. Les milliards de dollars annoncés par le Canada en droits de douane de rétorsion et en mesures d’aide aux industries nationales proviennent des impôts payés par les travailleurs. Dans les deux pays, les capitalistes se disputent des parts de marché, tandis que les travailleurs sont confrontés à des mises à pied, à une inflation galopante et à des salaires stagnants. Or, ce sont les grandes entreprises canadiennes qui ont les moyens de payer, leurs profits ayant atteint un niveau record de 677 milliards de dollars en 2025. La réalité, c’est que nous ne sommes pas « tous dans le même bateau ».

Les mesures temporaires du gouvernement fédéral en matière d’assurance-emploi sont tout à fait insuffisantes. La suppression du délai de carence d’une semaine et l’octroi de prestations supplémentaires aux travailleurs de longue date sont loin de répondre aux besoins des travailleurs. Nous avons besoin d’un véritable élargissement de l’assurance-emploi afin de couvrir tous les chômeurs pendant toute la durée de leur chômage et d’augmenter les prestations pour que celles-ci atteignent 90 % des revenus antérieurs, afin de garantir que les travailleurs puissent payer leur hypothèque ou leur loyer et nourrir leur famille.

La réponse aux attaques contre les industries clés consiste en davantage de plans de sauvetage. Au cours du dernier quart de siècle, la classe ouvrière a été contrainte de financer des monopoles d’entreprise qui ont ensuite supprimé des emplois et externalisé la production. Dans le seul secteur de l’automobile, cela représente jusqu’à 79 milliards de dollars en subventions aux entreprises. Il suffit de citer l’aide gouvernementale de 500 millions de dollars accordée à Algoma Steel en septembre dernier pour en donner un autre exemple. En décembre, Algoma a annoncé le licenciement de 1 000 travailleurs et, cette année, on a découvert que le chef de la direction d’Algoma avait reçu une augmentation massive de ses primes et de sa rémunération en actions, s’élevant à 5,75 millions de dollars. Il s’agit là de fonds publics qui auraient pu servir à bâtir une industrie automobile stable, d’intérêt public et contrôlée démocratiquement, offrant des emplois syndiqués bien rémunérés. Au lieu de cela, les droits de douane et les accords de libre-échange nous ont laissé des usines fermées, des licenciements massifs et le départ de l’industrie automobile du Canada vers les États-Unis en l’espace de quelques années.

Alors que la date limite de l’accord sur les droits de douane approchait, le vice-président américain JD Vance s’est moqué de Carney, affirmant qu’il « arrive en bombant le torse » et tente de « se montrer plus dur que Trump », mais que « fondamentalement, ils font marche arrière sur beaucoup de questions ». Vance a ajouté que le Canada avait « pris une direction trumpienne ». Pour une fois, Vance disait la vérité. Le gouvernement Carney a fait des concessions inutiles à Trump et adopté de nombreuses politiques « à la Trump » : augmentation massive des dépenses militaires, recul sur les droits environnementaux et ceux des Autochtones, introduction de mesures facilitant les expulsions de masse et supprimant la protection des réfugiés, et recours à l’article 107 du Code du travail pour briser les grèves et renvoyer les travailleurs au travail. Le gouvernement Carney n’a toutefois pas été contraint de prendre ces mesures « à la Trump ». La réalité est que les gouvernements Carney et Trump servent tous deux les intérêts des monopoles d’affaires, qui appuient bon nombre des mêmes politiques.

Si le gouvernement Carney était sérieux dans sa volonté de défendre la souveraineté, il limiterait la pénétration des sociétés états-uniennes sur son territoire en développant la propriété publique. Au lieu de cela, il ouvre le Canada à une privatisation sans précédent de la richesse et des services publics. La véritable souveraineté, c’est condamner la guerre illégale menée par les États-Unis contre l’Iran au lieu de dire qu’elle « en vaut la peine ». La véritable souveraineté, c’est se tenir aux côtés de Cuba contre la tentative des États-Unis d’étrangler le peuple cubain. La véritable souveraineté, c’est rejeter l’exigence des États-Unis visant à interdire au Canada de faire du commerce avec des économies non marchandes. La véritable souveraineté, c’est mettre pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et renforcer les droits environnementaux et du travail, au lieu de reculer sur les droits des Autochtones, les droits environnementaux et les droits du travail au nom de « projets d’intérêt national à traitement accéléré ». La véritable souveraineté, c’est que la population canadienne prenne le contrôle de nos piliers économiques clés par le biais de la propriété publique et du contrôle démocratique, au lieu d’accélérer la privatisation de la richesse et des services publics au profit du capital étranger.

Au lieu de devoir choisir entre, d’une part, des droits de douane réactionnaires et des pertes massives d’emplois, et, d’autre part, la soumission au libre-échange continental des grandes entreprises, nous devons lutter pour une véritable alternative qui créera des emplois et établira une véritable souveraineté populaire. Nous devons nous retirer de l’ACEUM. Nous avons besoin d’un commerce véritablement multilatéral et mutuellement avantageux qui serve les travailleurs. Nous devons nationaliser nos industries clés et les placer sous propriété publique démocratique. La propriété publique des secteurs de l’automobile et de l’acier permettrait de relancer l’industrie manufacturière canadienne, créant ainsi des dizaines de milliers d’emplois permanents, bien rémunérés et à valeur ajoutée. Nous avons besoin d’une construction massive de logements sociaux et d’infrastructures publiques partout au Canada pour mettre fin à la crise du logement et créer des emplois. Nous devons élargir l’assurance-emploi pour qu’elle couvre 90 % des gains antérieurs pendant toute la durée du chômage. Nous avons besoin d’une loi contraignante sur les fermetures d’usines, obligeant les sociétés à justifier ces fermetures devant un tribunal public ayant le pouvoir de les empêcher. Pour lutter pour la paix et la souveraineté, le Canada doit se retirer de l’OTAN et du NORAD et mener une politique étrangère fondée sur la paix et la solidarité internationale.

Les monopoles d’entreprise canadiens et états-uniens partagent un programme commun : faire baisser les salaires, démanteler les règlements environnementaux, saper la surveillance démocratique et maximiser les profits à tout prix. Pour les milliardaires canadiens et leurs partenaires transnationaux, l’accès au marché états-unien vaut largement le sacrifice des soins de santé publics, des moyens de subsistance des travailleurs et même des aspects fondamentaux de l’indépendance canadienne. Le programme du gouvernement Carney affaiblit la négociation collective, restreint le droit de grève et américanisera le droit du travail canadien, tout en prétendant défendre les travailleurs canadiens contre Trump. Nous appelons les travailleuses et travailleurs de tout le Canada à s’organiser et à se mobiliser pour exiger que les gouvernements priorisent les travailleurs et bâtissent la souveraineté populaire. La véritable souveraineté passe par l’élargissement de la démocratie. Elle signifie prendre le contrôle de notre économie, de nos ressources et bâtir un avenir. La classe ouvrière doit mener la lutte pour un Canada véritablement indépendant et socialiste.

Comité exécutif central, Parti communiste du Canada